Exposition personnelle au Parc culturel de Rentilly-Michel Chartier du 11 mars au 6 mai 2018. Production du CPIF suite à une résidence de 3 mois à l’Atelier de recherche et de post-production du Centre Photographique d'Ile-De-France en 2017.

Avec De soufre et d’azote, Laurie Dall’Ava a conçu une exposition mettant en relation des images, du son et des objets. Les photographies présentées dans la pièce centrale sont extraites de différentes séries recombinées librement autour de deux figures centrales : celle du VOLCAN et celle du CHAMANE. Issues de différentes sources (archives, photographies personnelles) et imprimées sur des supports variés, comme le papier, le tissu et le verre, ces images ouvrent à leur tour vers des embranchements imaginaires. Ainsi, la question de l’ancestral, du territoire géologique, de l’inclusion humaine dans un ensemble spatial et temporel plus ancien que lui-même, se trouvent-ils suggérés par l’agencement des pièces entre elles. On trouve là un écho aux préoccupations propres à l’âge de l’anthropococène, cette ère géologique où l’action humaine s’est mise à devenir un facteur de transformation du milieu. Les allusions que fait l’artiste à la maîtrise du vivant, à l’empoisonnement des sols et à la manipulation pharmaco-chimique sont ainsi à interpréter comme un geste de résistance consciente. Aux systèmes de manipulation et de destruction, elle oppose un contre-modèle possible, qui n’est pas clairement identifié afin de rester suffisamment ouvert, mais où l’on devine que le verbe guérisseur du chamane joue un rôle central. On mesure alors le lien qui peut exister entre le chamane et le volcan lui-même : le chamane est l’intermédiaire physique entre le monde immémorial des temps ancestraux, l’invisible et le monde présent ; de même le volcan est une rémanence dans notre monde d’un monde plus ancien que toute mémoire. Ils sont les témoins terrestres d’une longue chaîne, qui, comme l’archive photographique, se perd dans la nuit des temps tout en appelant un futur déjà inscrits en eux .

Aussi l’Ode aux volcans, résonant dans le vide de la salle des bains turcs, invite t’elle le visiteur à une méditation intérieure, où la liste des noms de volcans évoque à la fois un élément profane et sacré : profane car ces volcans se réfèrent à une réalité tangible et prosaïque ; sacré, parce qu’une étrangeté les parcourt, comme s’ils étaient les vestiges d’un langage perdu.

Toute l’exposition est d’ailleurs traversé par cette idée du double et de l’ambivalence : double sens, double espace, mouvement d’élévation et de descente, décentrements du sens et des images elles-mêmes, fonction ambivalente des objets, qui évoquent à la fois le travail artisanal, le monde rural et l’instrument rituélique. La TRANSE est peut-être alors ce qui fait lien, noeud et jonction, elle devient le symbole d’une force tellurique présente dans l’homme lui-même, à la fois ancré dans la terre et aspirant à se perdre dans le tourbillon des énergies primitives. Feuille de salle écrite par Victor Mazière